Librarioli D - ÉDITION ET POUVOIR

Date 08.06.20
AuteurLoraine Furter - CC BY CA
Durée 14:4
Comm.🗨96

ÉDITION ET POUVOIR

Dans l’histoire occidentale, la publication a depuis l’invention de son format papier, le livre, une position centrale. Les formes écrites, puis plus précisément imprimées, sont devenues primaires par rapport à d’autres formes de communication. Elles le restent encore aujourd’hui dans beaucoup de domaines, et particulièrement dans les milieux académiques et scientifiques, où une proposition n’existe pas vraiment si elle n’a pas été publiée. Dans ces domaines, la publication a le pouvoir de faire exister.

C’est aussi le cas dans de nouvelles plate-formes d’écritures du savoir, comme Wikipédia, un projet né en 2001 qui bouleverse la façon dont l’écriture et la diffusion des savoirs a toujours fonctionné, en proposant une plateforme participative, ouverte à tou.te.s et évolutive. Mais le système de validation des sources de ce savoir y reste inscrit dans la tradition de la primauté du « publié » : chaque information, pour être ajoutée, doit être justifiée par la citation d’une source publiée. Un même mécanisme de validation que dans les domaines académiques et scientifiques définit quelles informations pourront être inscrites dans l’histoire qui s’écrit en ligne sur Wikipédia, et lesquelles en seront exclues. Dans un workshop organisé avec Just For The Record , le collectif cyberféministe dont je fais partie, nous avons voulu créer une page sur le New Woman’s Survival Catalog , une publication féministe publiée en 1973, référençant des initiatives et des outils par et pour des femmes aux États-Unis. 

Contrairement à la publication dont elle s’inspire, le Whole Earth Catalog , catalogue d’outils de contre-culture Do It Yourself , récemment ramené au devant de la scène par l’exposition Access to tools au MoMA à New York, il est difficile de trouver des publications au sujet du New Woman’s Survival Catalog . Bien qu’il ait lui-même été publié, et vendu à plus de 100’000 d’exemplaires (il a fait partie de la liste des meilleures ventes du New York Times à sa sortie, disent fièrement les deux initiatrices du projet dans une interview), faute de sources, ce catalogue ne peut donc pour l’instant pas figurer sur Wikipédia. Il n’est même pas sûr que sa mention ici, dans cette publication, suffise pour justifier sa présence sur l’encyclopédie en ligne.

The New Woman’s Survival Catalog , Kirsten Grimstad and Susan Rennie, Coward, McCann & Geoghegan, 1973.



Si la publication imprimée a imposé un rapport de supériorité sur d’autres formes de communication, notamment sur les formes orales, rapport dont nous héritons encore aujourd’hui, au sein même des publications existent des hiérarchies de légitimité de certaines formes. Ces hiérarchies sont définies par chaque domaine. La censure religieuse et étatique a par exemple longtemps fait le tri entre publications officielles et publications interdites, par le moyen de publications de listes de livres, les Index. Au fil des siècles certaines formes ont été identifiées comme plus légitimes que d’autres. Wikipédia prolonge cette tradition en faisant valoir une hiérarchie de jugement des sources sérieuses, qui pose par exemple une publication académique comme étant une source plus fiable qu’un essai auto-publié. La publication secondaire (une publication sur un sujet) y vaut plus qu’une publication primaire. « Parler de » y vaut plus que parler.

marges

La notion de marge se retrouve dans le vocabulaire de l’édition et dans celui du féminisme intersectionnel. Les marges sont cartographiées par Kimberley Crenshaw dans Mapping the Margins : Intersectionality, Identity Politics, and Violence Against Women of Color (1994) , et étudiées par Bell Hooks comme espaces d’oppression dans From margin to center (1984) mais également comme espaces de résistance Marginality as site of resistance (1992).

En marge de l’édition officielle, légitime, ont toujours existé des pratiques alternatives, s’appropriant les outils de publication pour faire circuler des idées et rassembler des communautés. Livres de colportage, pamphlets, samizdat, zines et blogs, ont ainsi toujours contribué à former des contre-points aux formes d’édition majoritaires.
Les nouvelles formes de publications hybrides, apparues ces dernières années ont fait exploser la notion de publication telle qu’elle existait aux périodes d’exclusivité du format livre papier. 

Aujourd’hui, les supports de publication se sont multipliés, les contenus peuvent exister simultanément sous plusieurs formes différentes et complémentaires, remettant en jeu ce qu’est une « publication ». Et ces nouveaux formats digitaux et hybrides permettent l’inclusion de formes longtemps déconsidérées et rejetées de l’écriture de l’histoire « officielle », comme l’ont été les formes de transmission orales.

Publier suppose la transmission d’un message d’une personne ou un groupe de personnes, à un autre groupe de personnes.

Ce qui peut paraître très simple est en fait extrêmement complexe, notamment pour des questions d’accès. Accès au statut d’« Auteur », d’« éditeur » et aux moyens de production, mais aussi accès d’un public aux publications distribuées.

accès

L’accès au statut d’auteur (sic) de production de contenus publiés a énormément changé depuis peu. L’écriture et la publication de celle-ci ont longtemps été le privilège d’une très petite partie de la population, principalement masculine, blanche et de classe aisée — les « Auteurs ». Et elle reste encore très peu diversifiée dans beaucoup de domaines de l’édition, particulièrement dans ceux ayant trait à l’écriture des savoirs et de l’histoire (publications scientifiques, livre d’histoires, Wikipédia…).

Dans un des textes fondateurs des études post-colonialistes, Can the Subaltern Speak ? (1988), Gayatri Spivak met en avant les subalternes, celles qui n’ont pas droit à la parole, et sont non seulement radicalement exclues de la sphère de la représentation, mais également ignorées de l’histoire officielle. Ici encore les notions de sources primaires et secondaires sont utiles, car si on ne laisse pas parler (source primaire) les subalternes, on a longtemps « parlé pour » elles (source secondaire), redoublant leur exclusion et leur dépossession de capacités d’action et d’expression autonome. Et il n’est pas question uniquement d’expression. Les subaltern studies , dont fait partie Gayatri Spivak, préviennent que donner la parole ne suffit pas. Il faut également créer les conditions pour que les subalternes s’expriment et soient entendues.

Jonathan Chauveau, On n’est pas subalterne parce qu’on le ressent ! , Entretien avec Gayatri C. Spivak dans Philosophie Magazine, 30 mars 2011. 

Il s’agit de l’histoire d’une jeune Indienne qui s’est pendue en 1926. Sa famille, ses proches, ont expliqué ce suicide par le fait qu’elle devait avoir une relation amoureuse illégitime. J’ai fait ma propre enquête et découvert que cette personne était en fait impliquée corps et âme dans la lutte armée pour l’indépendance de l’Inde. Et la véritable raison de son suicide, ce n’était pas, comme tout le monde l’a cru, une forme de suicide correspondant à l’idéologie du sati — un rituel indien suivant lequel une veuve devait accompagner son mari dans la mort en se jetant dans les flammes de son bûcher funéraire — mais parce qu’elle avait échoué à assassiner un responsable politique ! La « morale » de cette histoire, c’est que le suicide de cette Indienne n’était en aucune mesure identifiable pour ce qu’il était, c’est à dire comme un geste radical de révolte et un message de protestation politique. Cette subalterne parlait, pourtant — elle avait laissé une lettre à sa sœur pour faire en sorte que les raisons de sa mort ne soient pas ambiguës —, mais nous n’étions pas capables d’achever cet acte de parole, de le traduire, car personne ne pouvait l’entendre.

access to tools

En plus des difficultés à accéder au statut d’« Auteur » et d’« éditeur », les outils de production des livres (imprimerie, typographie…) ont été et restent encore majoritairement dans des mains d’hommes, blancs, de classe aisée, dans la société occidentale.

Dans les années 1970 – 1980, le mouvement des presses alternatives a permis le développement d’ateliers d’impression ouverts à un public qui avant y avait difficilement accès : personnes de la classe ouvrière, personnes racisées, femmes. Ce mouvement a été facilité par le développement de techniques d’impression plus abordables qu’auparavant, comme de petites presses offset, et la sérigraphie.

À plus petite échelle, l’arrivée de la photocopieuse a également bouleversé l’accès aux moyens de production d’imprimés. Des mouvements militants travaillant à l’intersection entre activisme et art, comme Act Up , Lesbian Avengers , Gran Fury et fierce pussy , en ont fait un de leurs moyens d’expression de prédilection.
Aujourd’hui, avec Internet et le web 2.0, l’accès à la publication et à la distribution de contenus s’est multiplié sans précédent. Et pourtant, les conditions de cet accès (moyens économiques, éducation, censure) font qu’il reste encore beaucoup de voix qui ne peuvent toujours pas s’exprimer. Et de nouveau, lorsqu’elles le peuvent, encore faut-il qu’on les écoute. L’attention qu’on porte à ces nouvelles formes de publication, et la valeur qui y est associée ne sont pas réparties de manière égale. Un blog, si accessible qu’il puisse paraître, nécessite d’être relayé pour être effectivement lu, et il nécessite de la maintenance. Et si l’on a plus que jamais accès au bouton « publier », on n’a pas toujours de contrôle sur les mécanismes et les conditions dans lesquelles cela se fait (respect de la vie privée, censure). La publication est une question de distribution, pas seulement dans son potentiel (un stock de livres, un pdf prêt à être imprimé à la demande, un site en ligne…), mais aussi dans sa réception effective par un public.
pour qui ?

Élisabeth Lebovici, Ce que le sida m’a fait, JRP|Ringier & La Maison Rouge, 2017, p.252 – 253, où l’on voit le travail To Whome It May Concern Catherine Lord, 2011 – 2012..



Plusieurs projets ont depuis quelques années repensé la notion de publication en (re)mettant en son centre le public : rendre des choses publiques. Je considère l’édition comme le fait de rendre des choses publiques. On peut alors rendre des idées publiques, et en le faisant on construit des publics autour des idées. Le projet Publication Studio, fondé par Patricia No et Mathew Stadler en 2009, met en avant la dimension collective autour du livre et de sa « vie sociale ». Publication Studio est une série d’espaces de production, de vente et d’événements publics (repas, lectures…).

The Social Life of the Book est une collection fondée par la maison d’édition parisienne Paraguay Press, inspirée par les réflexions de Publication Studio. Depuis 2011, cette collection invite des artistes, des graphistes, des critiques, à produire des pamphlets de seize pages autour du rapport des livres à la circulation des idées et à l’agencement de relations sociales.

Dans son livre Brouhaha Lionel Ruffel s’intéresse aux formes contemporaines de publication — multiples et étendues, incluant par exemple la lecture, la performance et l’exposition. Publier retourne à son sens originel : rendre public, passer de l’expression privée destinée à des correspondants précis à l’expression pour des publics de plus en plus divers. Se pose alors la question de comment on considère la notion de « public ». De même que la conception universaliste des espaces publics comme sphère unique a été déconstruite par Nancy Fraser, incluant des contre-publics subalternes, arènes discursives parallèles dans lesquelles les membres des groupes sociaux subordonnés élaborent et diffusent des contre-discours, ce qui leur permet de fournir leur propre interprétation de leurs identités, de leurs intérêts et de leurs besoins, il est important de déconstruire la notion de « public » dans publication. Le public ne représente pas un groupe unique, ce n’est pas une conception neutre… 

Books can go places that other forms can’t” ou :

Martine Syms, Insights 2014 : Martine Syms, Walker Art Center, 2014



La question de l’espace en tant que tel est également très importante en terme de représentations. On peut considérer la publication comme un espace, un espace d’expression, partageable avec un public plus ou moins large et varié, dans lequel on peut se projeter. Travailler la publication avec une perspective féministe c’est « réclamer » cet espace, et tenter de le rendre plus safe  — dans la tradition des safe spaces (« environnements sûrs ») développés dans les bars lesbiens et gays des années 1960, puis dans les mouvements féministes, établissant des espaces physiques ou numériques tentant de minimiser les discriminations.

Toutes les publications engagent un rapport au corps, que ce soit par le contact des doigts, ou d’autres membres — choose your own adventure . La publication peut aussi être livrée directement par un corps, à travers la pratique ancienne de la lecture à voix haute (qui était d’ailleurs beaucoup plus répandue qu’elle ne l’est depuis qu’on a développé une lecture en silence, à partir du XIe siècle). La lecture à voix haute se pratique en solitaire et en groupe. Même sans support écrit, toute intervention performée devant un public, répétée, est proche d’une forme de publication, dans sa transmission d’un contenu à un public. Publier est en soi un acte performatif, une performance collective, transformatrice, qu’un certain nombre de personnes s’accordent à reconnaitre : ceci est une publication — elle peut alors être reçue comme telle, transmise.

La vie d’une publication implique la notion de circulation, mais aussi une circularité, notamment dans la façon dont les personnes impliquées passent parfois d’un rôle à l’autre — production des contenus, édition, lecture — créant par ce fait une communauté autour de la publication. 

Si à ses origines le travail éditorial s’est organisé de façon hiérarchique, avec des rôles comme celui de l’« éditeur » (en « chef »), de l’« Auteur », d’autres formes d’organisation alternatives apparaissent, particulièrement dans les mouvements de presses alternatives et féministes des années 1970 et 1980. Ces formes d’organisation explorent la rotation des rôles, pour éviter les monopoles liés à une expertise exclusive, les rapports de domination, mais aussi pour éviter l’aliénation du travail à la chaîne. Elles mettent en avant le travail collectif, la prise de décisions à plusieurs, notamment à travers des comités de rédaction. 

OUT représenter, rendre visible

DYKE, A QUARTERLY, flyer, design Lisa Cowan, 1974.



Publier c’est représenter et rendre public, et cela pose beaucoup de questions. Publié par qui ? À propos de quoi, de qui ? Comment ? Pour qui ? Ces questions de représentation sont intersectionnelles — s’y croisent des problématiques de représentations de genre, de race, de classe, de sexualité, d’âge, d’habilités, de religion.

Elles mènent à la question de la visibilité. L’invisibilisation est problématique quand elle n’est pas voulue par un sujet. Mais la visibilité n’est pas systématiquement souhaitée ou souhaitable. L’anonymat volontaire (l’écrivaine sous pseudonyme Elena Ferrante, les artistes du collectif anonyme Guerrilla Girls) est une stratégie, aux motifs personnels (qui sont multiples et qui ne regardent que les auteur.e.s), ou collectifs (pour mettre l’accent sur le collectif plutôt que sur le cas individuel). La décision de travailler dans l’anonymat peut être partiellement imposée, par l’influence d’un contexte défavorable à l’identification, ou complètement imposée dans le cas de censure associée à des risques de répression — elle peut alors être une question de survie.

« Visibiliser » partage avec « exposer » un double sens, c’est un geste extrêmement compliqué, lié notamment à l’histoire colonialiste, et il nécessite une attention décuplée.

On en revient donc aux questions d’espaces safe et de conditions de représentations. Dans certains cas, les marges peuvent représenter un espace safe — faire la première page ne l’étant pas toujours. Ces questions restent un enjeu important pour les pratiques contemporaines de l’édition.




Ce texte est en Licence Creative Commons.
Pour visiter le site internet de Loraine : www​.lorai​ne​fur​ter​.net

Commentaires

Kari

References: Bad mergentheim casino cashback spielhalle

* * * $3,222 credit available * * * hs=ad748c21a186d840a873c2ef3b11da88* ххх*

dlv9g1

* * * $3,222 credit available! Confirm your operation here: https://obs.regideso.cd/?zo6qt8 * * * hs=ad748c21a186d840a873c2ef3b11da88* ххх*

dlv9g1

MmzHrrdb

555

MmzHrrdb

555

MmzHrrdb

555

MmzHrrdb

555

MmzHrrdb

555

MmzHrrdb

555

MmzHrrdb

555

MmzHrrdb

555

MmzHrrdb

555

MmzHrrdb

555

MmzHrrdb

555

MmzHrrdb

555

MmzHrrdb

555

MmzHrrdb

555

(select 198766*667891 from DUAL)

555

(select 198766*667891)

555

@@Jno8X

555

MmzHrrdb%2527%2522\'\"

555

MmzHrrdb'"

555

MmzHrrdb

555

(select DBMS_PIPE.RECEIVE_MESSAGE(CHR(98)||CHR(98)||CHR(98),15) from dual)

555

MmzHrrdb'||DBMS_PIPE.RECEIVE_MESSAGE(CHR(98)||CHR(98)||CHR(98),15)||'

555

MmzHrrdbOsYOOUss')) OR 580=(SELECT 580 FROM PG_SLEEP(15))--

555

MmzHrrdbDZI7Xd9t') OR 104=(SELECT 104 FROM PG_SLEEP(15))--

555

MmzHrrdbxx4eTZyF' OR 866=(SELECT 866 FROM PG_SLEEP(15))--

555

MmzHrrdbqlbY1LG4'; waitfor delay '0:0:15' --

555

MmzHrrdb-1 waitfor delay '0:0:15' --

555

(select(0)from(select(sleep(15)))v)/*'+(select(0)from(select(sleep(15)))v)+'"+(select(0)from(select(sleep(15)))v)+"*/

555

MmzHrrdb0"XOR(if(now()=sysdate(),sleep(15),0))XOR"Z

555

MmzHrrdb0'XOR(if(now()=sysdate(),sleep(15),0))XOR'Z

555

if(now()=sysdate(),sleep(15),0)

555

-1" OR 5*5=25 or "BmlMx6d3"="

555

-1' OR 5*5=25 or '7C1bsxuw'='

555

-1" OR 5*5=25 --

555

-1' OR 5*5=25 --

555

-1 OR 5*5=25

555

-1 OR 5*5=25 --

555

MmzHrrdb

555

MmzHrrdb

555

MmzHrrdb

555

MmzHrrdb

555

MmzHrrdb

555

MmzHrrdb

(select 198766*667891 from DUAL)

MmzHrrdb

(select 198766*667891)

MmzHrrdb

@@FeeRa

MmzHrrdb

555%2527%2522\'\"

MmzHrrdb

555'"

MmzHrrdb

555

MmzHrrdb

(select DBMS_PIPE.RECEIVE_MESSAGE(CHR(98)||CHR(98)||CHR(98),15) from dual)

MmzHrrdb

555'||DBMS_PIPE.RECEIVE_MESSAGE(CHR(98)||CHR(98)||CHR(98),15)||'

MmzHrrdb

555*DBMS_PIPE.RECEIVE_MESSAGE(CHR(99)||CHR(99)||CHR(99),15)

MmzHrrdb

555zytWuPCp')) OR 41=(SELECT 41 FROM PG_SLEEP(15))--

MmzHrrdb

555AqKPpMPJ') OR 446=(SELECT 446 FROM PG_SLEEP(15))--

MmzHrrdb

555RXcothY7' OR 521=(SELECT 521 FROM PG_SLEEP(15))--

MmzHrrdb

555-1)) OR 335=(SELECT 335 FROM PG_SLEEP(15))--

MmzHrrdb

555-1) OR 910=(SELECT 910 FROM PG_SLEEP(15))--

MmzHrrdb

555-1 OR 481=(SELECT 481 FROM PG_SLEEP(15))--

MmzHrrdb

555e88GAOxh'; waitfor delay '0:0:15' --

MmzHrrdb

555-1 waitfor delay '0:0:15' --

MmzHrrdb

555-1); waitfor delay '0:0:15' --

MmzHrrdb

555-1; waitfor delay '0:0:15' --

MmzHrrdb

(select(0)from(select(sleep(15)))v)/*'+(select(0)from(select(sleep(15)))v)+'"+(select(0)from(select(sleep(15)))v)+"*/

MmzHrrdb

5550"XOR(555*if(now()=sysdate(),sleep(15),0))XOR"Z

MmzHrrdb

5550'XOR(555*if(now()=sysdate(),sleep(15),0))XOR'Z

MmzHrrdb

555*if(now()=sysdate(),sleep(15),0)

MmzHrrdb

-1" OR 5*5=25 or "0f9A4dg1"="

MmzHrrdb

-1' OR 5*5=25 or 'jW7bJQ24'='

MmzHrrdb

-1" OR 5*5=25 --

MmzHrrdb

-1' OR 5*5=25 --

MmzHrrdb

-1 OR 5*5=25

MmzHrrdb

-1 OR 5*5=25 --

MmzHrrdb

555

MmzHrrdb

555

MmzHrrdb

555

* * * Claim Free iPhone 16 * * * hs=ad748c21a186d840a873c2ef3b11da88* ххх*

m0k93g

* * * Unlock Free Spins Today: https://rasitamilmatrimony.com/index.php?uiftjv * * * hs=ad748c21a186d840a873c2ef3b11da88* ххх*

m0k93g

* * * Snag Your Free Gift * * * hs=ad748c21a186d840a873c2ef3b11da88* ххх*

7zuuzl

* * * Claim Free iPhone 16: http://www.dorianefilms.com/index.php?oipb69 * * * hs=ad748c21a186d840a873c2ef3b11da88* ххх*

7zuuzl

* * * Unlock Free Spins Today * * * hs=ad748c21a186d840a873c2ef3b11da88* ххх*

0bjdsk

* * * Get Free Bitcoin Now: https://modernpolytechnic.com/index.php?cr30f7 * * * hs=ad748c21a186d840a873c2ef3b11da88* ххх*

0bjdsk

* * * Snag Your Free Gift * * * hs=ad748c21a186d840a873c2ef3b11da88*

l1nlen

* * * Unlock Free Spins Today: http://tinshops.com/uploaded/ep5k26.php?4f6rqpy * * * hs=ad748c21a186d840a873c2ef3b11da88*

cmyomc

eagenue

You should not breast feed while you are taking PMS Minocycline cialis online purchase

fQJGGT

Darnell gHOBeIcWBUXU 5 20 2022 comprar cialis online

🎁 Get free iPhone 14 Pro Max: https://expreskurier.eu/uploads/go.php hs=ad748c21a186d840a873c2ef3b11da88* 🎁

tpltye

🌍 Hello World! https://national-team.top/go/hezwgobsmq5dinbw?hs=ad748c21a186d840a873c2ef3b11da88 🌍

6y68s9

Hello World! https://hxcj21.com?hs=ad748c21a186d840a873c2ef3b11da88&

7qmgzu

Labseetty

Your face crossed my mind recently and was just wondering how you were doing buy cialis online united states Termination from Medi Cal does it affect health

Hello World! https://7webk3.com?hs=ad748c21a186d840a873c2ef3b11da88&

ycguzu

Genniepien

gay connect chat gay chicago webcam chat software snap chat solo gay school boy

Deeynpien

omegle gay chat free gay video chat room gay online webcam chat free

Jdbxrourf

buy female viagra in australia viagra 50mg pills viagra new zealand buy online http://llviabest.com/ - australian viagra online ’

Lbgrourf

where to buy viagra in chicago profesional viagra how to buy viagra from canada http://genqpviag.com/ - viagra is used to treat erectile dysfunction. it works by helping to increase blood flow into the penis during sexual st.. ’

Laisser un commentaire