Librarioli №A – Acheiropoïète

Date05.10.16
Auteurcollectif silo
Durée3:39
Comm.🗨0
15 €

Pour ce numéro A, Librarioli s’intéresse à l’adjectif « achéropoïète ». Qu’est-ce qu’une image non faite de la main de l’homme ? C’est ce que ces treize contributions, proposées par des artistes, graphistes ou écrivains, tentent d’expliquer au travers une déambulation au coeur même du mot.

Le mot lui-même vient du grec byzantin et signifie textuellement « non fait de main d’homme ». Il s’applique essentiellement aux images, notamment à celles du Christ et de la Vierge Marie. Les premières images achéiropoïètes (VIe siècle) sont des traces, ce sont des empreintes : voile de Véronique, Mandylion, suaire de Turin. Les visages sublimés sur le tissus sacré, qui sont la preuve du contact direct avec le corps, témoignent d’un processus exempt d’outil. La véracité de cette empreinte ne peut être remise en cause car elle découle d’un procédé affranchi de la technique et relève d’un acte de création indépendant de l’intervention humaine. 

Ces portraits sont anachroniques et s’extraient du temps historique car le sujet, l’objet et l’image ne font qu’un. Ces tissus racontent la première impression, un contact qui fait image. Et s’ils semblent magiques, c’est que l’intellect et la main de l’homme y sont absents. Qu’il s’agisse d’un phénomène exact ou d’un mythe, ces figures déplacent le problème de la représentation. Si l’on ne peut copier le réel, alors nous pouvons l’absorber (ou s’en imprégner) et en restituer une image. Absorber le réel, pour tenter de le comprendre, de se placer au plus proche de lui afin d’en saisir l’insaisissable, l’inconnu. Et la mort. L’image du suaire n’est ni un fossile, ni une illustration, elle n’est ni un artefact, ni une copie, mais une présentation – une présentification – du réel. 

Si nous extrayons le caractère mythologique du terme achéiropoïète, quelle relecture étymologique pouvons nous en faire ? Notre technique nous permet de déléguer à nos outils le travail de la prise de vue, de la capture d’image et même de leur création. C’est autour de ces notions plus actuelles que je souhaiterais aborder le sujet. Comment comprendre ces différents types d’images, à l’heure où nos machines produisent davantage de captures de ce réel que nous-mêmes ? Il est nécessaire d’aborder la compréhension de ces images contemporaines sous un angle post-humaniste. L’idée de non humain est contenue dans le mot acheiropoïète. Outre son affiliation au domaine de la religion, ce terme peut-il également qualifier tout « objet intelligent » producteur d’image ? À la différence d’une image produite par une instance divine, une image produite par un robot résulte néanmoins d’un processus généré par l’homme. Il se pourrait néanmoins qu’elle aille au-delà. Que ce soit la première photocopie ou les photographies produites par Curiosity, le rover martien, à quel degré l’intellect humain, et la main de l’homme – sa propre trace – sont-ils investis dans la création de telles images ? Ces productions modernes constituées de strates techniques, comme l’imagerie médicale ou des programmes autonomes de création que nous possédons sur nos ordinateurs, résultent-elles intégralement d’un processus entièrement contrôlé ? Comment mesurer la part « technique » (soumise à l’enchaînement des causes et des effets prévus par l’homme) et la part « acheiropoïète » (prolongeant son intention vers la révélation d’un insoupçonnable ), de ces images ? Les photographies de Curiosity ne seraient-elles pas l’équivalent moderne du Saint-Suaire, de par leur distance par rapport au présent historique et physique, des images achéiropoïètes ? Ces outils que nous avons créés pour connaître ce que nous ne pouvions appréhender par nous-mêmes seraient-ils nos idoles contemporaines ? 

Avec :

  • Guillaume Blanc,
  • Hugo Caillaud,
  • Ines Di Folco, 
  • Celestin Krier,
  • Arnauld Le Brusq, 
  • Lou-Maria Le Brusq, 
  • Cyril Makhoul,
  • Sergej Marsnjak,
  • Hubert Marot,
  • Antoine Moreau,
  • Sybil Montet,
  • Florent Roux,
  • Lauren Sanchez-Calero
  • Paul Soulelis.

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